
Poèmes en short # été 2026



j’ai appris aux fourmis
ton existence
et je les vois depuis
travailler sans relâche
pour un grand évênement
curieux et mystérieux
qu’elles te préparent
dont elles ne disent rien
Extrait de Amour toujours, Armand le Poète, éditions Gros Textes, 2013.





Bricolage
Tu naquis d’un bricolage
Du génial univers
Par étranges combinaisons
Par surprise et par liaisons
Tu devins Toi plutôt que mouche
Plutôt que zèbre souris lion
Surgi du magma des possibles
Et de la souche de toute vie
Tu devins Toi
Unique au monde
Face à l’éphémère défi.
Extrait du recueil Rythmes, Andrée Chédid, Poésie Gallimard, 2023.


LE MOUSTIQUE
Le moustique, je ne connais pas le nom de sa femelle, est plus meurtrier que les commérages. Non content de sucer ton sang, il te jette dans une bataille absurde. Il ne rend visite que dans l’obscurité ainsi que la fièvre à Mutanabbî. Il bourdonne et vrombit tel l’avion de combat que tu n’entends qu’une fois la cible atteinte. Ton sang est la cible. Tu allumes pour le voir, il disparaît dans un coin de la pièce et de ta hantise pour se poser sur le mur… confiant, pacifique, comme résigné. Tu essaies de l’écraser avec ta chaussure, il te feinte, t’échappe et réapparaît, arrogant. Tu l’insultes à haute voix, mais il n’en a cure. Tu négocies une trêve d’une voix aimable : Dors que je dorme ! Tu crois l’avoir convaincu, tu éteins et te rendors. Mais ayant sucé encore ton sang, il recommence à bourdonner annonçant un nouveau raid. Il t’accule à une bataille collatérale avec l’insomnie. Tu rallumes et tu te bats contre l’insomnie et lui, par la lecture. Mais le moustique se pose sur la page que tu lis. Tu te réjouis en ton for intérieur : Il est pris au piège. D’un coup, tu refermes avec force le livre : Je l’ai eu…. Je l’ai eu ! Mais quand tu rouvres le livre pour jouir de ta victoire, tu ne trouves ni le moustique ni les mots. Tes pages sont blanches ! Le moustique, et je ne connais pas le nom de sa femelle, n’est ni métonymie ni rhétorique ni euphémisme. C’est un insecte qui aime ton sang et le flaire à vingt lieues. Et le seul moyen de conclure une trêve avec lui, c’est de changer de groupe sanguin !
Extrait du recueil La Trace du papillon, Journal poétique (Eté 2006 – été 2007), Mahmoud Darwich, éditions Actes Sud, 2009.


Sur cette terre
Aucune place pour nous sur notre terre
Ne serait-ce que de la taille d’une chambre
De la taille d’un tapis
Nous n’avons même pas le temps
De ressentir la venue de la dernière douleur
Alors il faut
Que nous accouchions de nos enfants
Dans des avions
Que nous les allaitions dans des camps
Que nous les laissions venir au langage
Dans des terres étrangères
Jusqu’au jour où brusquement ils nous demandent :
Nous sommes d’où ?
Prenons garde
De ne pas brûler
Le bout de leur petit index
Lorsque
Sur la carte du monde
Nous le poserons sur le nom de notre patrie.
Extrait de Le cri des femmes afghanes, traduit du persan (Afghanistan) par Leili Anval, éditions Bruno Doucey, 2022


C’est par un effort de reprise sur soi et de dépouillement, c’est par une tension permanente de leur liberté que les hommes peuvent créer les conditions d’existence idéales d’un monde humain.
Supériorité ? Infériorité ?
Pourquoi tout simplement ne pas essayer de toucher l’autre, de sentir l’autre, de me révéler l’autre ?
Ma liberté ne m’est-elle donc pas donnée pour édifier le monde du Toi ?
À la fin de cet ouvrage, nous aimerions que l’on sente comme nous la dimension ouverte de toute conscience.
Mon ultime prière :
Ô mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge !
Extrait de Peau noires, masques blancs, Franz Fanon, éditions du Seuil, Points Essai, 1971.


Oh ! l’oiseau,
ton aile est cassée
mais tu n’as pas abandonné
Je te vois qui frémis,
palpites comme un cœur
Car ta force est dans ton désir
et ton rêve d’envol est si vif
que le ciel se rapproche
Oh ! l’oiseau
on t’a blessé
mais ce n’est pas à mort
Tu vis, tu chantes encore la liberté
Tu dénonces les cages, et l’obscur, et la traque
Tu ne renonces pas
Bientôt
de ton aile cassée tu feras ton moteur
pour inventer l’espace
et vivre la lumière

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